Statement by H.E. Hadja Lahbib

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FSC - Chair of the OSCE Forum for Security Co-operation Belgium 2022 September - December

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

L’Ambassadeur Nagant nous a dressé un constat sans concessions des travaux au sein de l’OSCE sur la thématique « Femmes, Paix et Sécurité ». On peut regretter que ces dernières
années il n’ait plus été possible de parvenir à un consensus sur cette question mais je retiens avant tout que l’OSCE a permis des progrès significatifs avec des actions concrètes sur le
terrain.

Plus généralement, depuis l'adoption de la résolution « Femmes, Paix et Sécurité » par les Nations Unies, les résultats engrangés sont déjà nombreux.
À ce jour, 103 pays ont adopté des plans d'action nationaux sur les femmes, la paix et la sécurité, dont 43 États participants de l'OSCE, et 12 organisations régionales ont mis en place
des stratégies ou des plans régionaux.

En 2020, le Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies a alloué 40% de son budget à l'égalité de genre et à l'autonomisation des femmes.

Notons également la « Déclaration de Bruxelles », initiée en juin 2022 par Charles Michel, notre ancien premier Ministre et actuel Président du Conseil Européen, sur des actions visant
à autonomiser les femmes qui a bénéficié d’un large soutien la semaine dernière lors de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Toutes ces réalisations constituent des étapes importantes vers la mise en oeuvre complète de l'agenda Femmes, Paix et Sécurité.

Il reste cependant encore beaucoup à faire :

  • Entre 1992 et 2019, environ sept processus de paix sur dix n'ont comporté aucune femme médiatrice ou signataire 
  • Les Nations Unies ont fait état de 3.293 cas vérifiés de violences sexuelles commises en 2021 dans le cadre de conflits à travers 18 pays, principalement contre des femmes et des filles. On sait que ces chiffres constituent de toute évidence une grave sousestimation de la réalité, et que les violences sexuelles liées aux conflits étaient et restent l'un des crimes les plus silencieux, les plus répandus et les moins souvent sanctionnés.
  •  En janvier 2021, les femmes ne représentaient toujours que 21,9 % des ministres dans le monde, et seulement 19,2 % dans les pays en conflit ou en situation postconflictuelle.

Alors que l'agenda « Femmes, paix et sécurité » fêtera bientôt son 22e anniversaire, les chiffres mentionnés ci-dessus montrent qu'il reste plus pertinent que jamais et qu'il reste encore
beaucoup à accomplir pour sa réalisation.

Malgré tous nos efforts, nous, la communauté internationale, sommes encore loin d'atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés il y a plus de vingt ans, ceci au détriment du grand
nombre de femmes et de filles dans les situations de conflit. 

Dans cet esprit, permettez-moi d'évoquer les trois raisons qui ont amené la Belgique à placer cette thématique au centre de nos discussions aujourd’hui.

Premièrement, nous avons la conviction qu’il est absolument nécessaire d'assurer la participation pleine, égale et significative des femmes à tous les niveaux de la société et à
tous les niveaux de prise de décision, y compris dans les forces armées et dans les efforts de consolidation de la paix.

Mon pays, la Belgique, est convaincu que la diversité des genres doit être reflétée dans toutes les couches de la société, y compris dans les forces armées et le secteur de la défense et de la
sécurité dans son ensemble.

La participation égale, complète et significative des femmes est non seulement un objectif en soi pour atteindre l'égalité de genre, mais elle est également cruciale pour obtenir de meilleurs
résultats et garantir la prise en compte des besoins et des situations spécifiques des femmes et des filles.

En ces moments tragiques, de nombreuses femmes ukrainiennes incarnent l'égalité de genre en participant activement à la défense de leur pays aux côtés de leurs homologues
masculins. Actuellement, l'armée ukrainienne est composée d’environ 22 % de femmes qui se battent pour la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de l'Ukraine, dont environ
5.000 Ukrainiennes déployées sur la ligne de front. Elles méritent notre pleine reconnaissance, tout notre soutien et une véritable visibilité. La Belgique est pleinement solidaire des femmes
et des filles en Ukraine, qui font preuve de résilience et de courage, et nous condamnons dans les termes les plus forts l'agression russe.

Il est primordial de reconnaître que les conflits armés ont un impact différent sur les femmes et les filles que sur les hommes et les garçons. Elles sont, plus souvent que les hommes,
victimes de violences sexuelles liées au conflit. C'est le cas tant pour les femmes et les filles qui fuient la guerre que pour celles qui restent sur place. Séparées de leur famille et de leur
foyer, les femmes qui tentent d'échapper à la guerre sont dans une position particulièrement vulnérable, car elles courent plus de risques que les hommes d'être victimes de la traite des
êtres humains ou de l'exploitation sexuelle. Nous devons être conscients de ces risques disproportionnés, en assurer la prévention et nous attaquer aux causes profondes afin d’y remédier. D’autant plus que la violence sexuelle liée aux conflits a des effets sur le long terme que ce soit sur le plan médical, mental ou sociétal.

La participation pleine, égale et significative des femmes dans la prévention des conflits, la consolidation de la paix, le maintien de la paix et les processus de paix est au coeur de cette
problématique. Les femmes ne devraient pas être considérées ou traitées comme de simples victimes ou survivantes passives de la violence, mais au contraire comme des membres actifs
de la société et des agents positifs de changement.

Non seulement dès le déclenchement et pendant le conflit, mais aussi après la fin du conflit, il est primordial que les femmes participent aux efforts post-conflictuels et les influencent, afin
de garantir que leurs besoins et leurs situations spécifiques soient pleinement pris en compte et qu'elles soient placées sur un pied d’égalité pour la détermination de la société d'après-guerre
dans son ensemble.

La deuxième raison pour ce thème est que la Belgique a fait le choix d’hisser l'agenda Femmes, Paix et Sécurité au niveau de priorité absolue sur le plan national pour le faire rayonner au
niveau international.
Nous avons récemment adopté notre quatrième plan d'action national à ce sujet. Pour la Belgique, la résolution 1325 doit être appliquée de manière large : la participation pleine, égale
et significative des femmes n'est pas seulement nécessaire dans les situations de conflit, mais est également cruciale pour l’ensemble des questions ayant des implications en termes de
sécurité, telles que lutte contre le terrorisme, le désarmement, l’impact du changement climatique ou celui des pandémies. Mais ce qui importe le plus, c’est la mise en oeuvre effective
sur le terrain. Le quatrième plan d'action national de la Belgique comprend de nombreuses lignes d'action qui contribueront à améliorer la situation des femmes et des filles dans les zones de conflit et à risque de conflit, et notamment :

  • le renforcement du cadre normatif international
  • l’intégration du genre dans les initiatives concernant les conflits, la paix et la sécurité ;
  • la lutte contre toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des filles, en particulier la violence sexuelle ;
  • la promotion de la participation des femmes aux décisions en matière de paix et de sécurité ainsi qu’en matière de prévention, de gestion et de résolution des conflits.

Comme pour les plans précédents, la mise en oeuvre s'applique tant au niveau national que dans la politique internationale de la Belgique. La Belgique est donc fière de pouvoir présenter
et de renforcer ses engagements également dans les forums internationaux. Aux Nations Unies, nous sommes un membre actif du Groupe des Amis de la Résolution 1325
ainsi que du Réseau des Points Focaux.

Au sein de l’Union européenne, la Belgique participe activement à la Task Force dédiée à cette thématique, tandis qu’au sein de l'OTAN, la Belgique assure la vice-présidence du Comité sur
les perspectives de genre.

Et ici aussi, à l'OSCE, la Belgique a activement promu ce sujet, entre autres en rédigeant les deux dernières déclarations conjointes sur les Femmes, la Paix et la Sécurité lors des
Ministérielles de 2020 à Tirana et de 2021 à Stockholm.

Ceci m'amène à la troisième raison qui nous pousse à aborder cette question. Outre les Etats, les organisations internationales et régionales ont aussi un rôle à jouer dans la réalisation
de ces objectifs.

L'OSCE reconnaît que l'égalité des droits et des chances est essentielle à la paix, à la démocratie et au développement économique et environnemental durable.
L’égalité de genre et l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » sont intégrés à tous les niveaux de l'OSCE. Pour la Belgique, c’est un sujet qui doit être discuté au sein de ce Forum également,
car sans participation pleine, égale et significative des femmes à toutes les questions liées au FCS, aucune sécurité globale réelle ne peut être atteinte.

L'absence de consensus sur des déclarations importantes visant à renforcer nos engagements sur ces questions lors des derniers Conseils ministériels montre que les dialogues sur la
sécurité demeurent cruciaux.

La déclaration conjointe de 2021 à laquelle 54 États participants se sont ralliés, énumère pas moins de 8 points d'action pour le FCS spécifiquement. Il est clair qu'il y a beaucoup d’intérêt
pour ce sujet et que de nombreuses options se présentent pour intégrer et faire progresser les engagements de l'OSCE, y compris dans le travail du FCS.

Je suis donc ravie de constater que les quatre éminentes et éminents panélistes de cette réunion aborderont avec vous ce que la Belgique considère comme l'un des principaux piliers de
l'agenda Femmes, Paix et Sécurité : la participation pleine, égale et significative des femmes.

Pour conclure, Excellences, Mesdames et Messieurs, je voudrais vous rappeler que moins une société est égalitaire en termes de genre, plus elle est susceptible d'utiliser la violence comme
première réponse dans une situation de conflit.

La lutte pour l'égalité de genre n'est donc pas seulement une préoccupation d'égalité et de droits entre femmes et hommes. C’est aussi une étape nécessaire dans la prévention des
conflits, une des tâches centrales du mandat du FCS. Nous sommes tous engagés en vue d’atteindre la stabilité et la paix durable et nous n’y parviendrons pas sans la participation
pleine, juste et significative des femmes.

Je vous remercie de votre attention.

Brussels Declaration on Actions towards Empowering Women in Conflicts

  1. Given the growing number of violent conflicts across the world, with recurring breaches of international law, including the UN Charter and international humanitarian law, as well as widespread human rights violations and abuses, we reaffirm our commitment to protect and empower women and girls in conflict-related situations.
  2. We recall that women not only contribute substantially to conflict prevention and resolution, as well as long-term peacebuilding, but also continue to be particularly affected by conflict situations, whether as civilians in directly affected areas, as refugees and internally displaced persons, or as persons directly targeted in the context of conflict.
  3. We strongly condemn all violations of international law committed against women and girls in conflict-related situations and demand that all parties to conflicts ensure that such acts cease immediately.
  4. In this respect, we are horrified by the testimonies and reports of gender-based violence, including conflict-related sexual violence and rape, perpetrated against women and girls in Ukraine as well as in different conflict and post-conflict situations including Afghanistan, Central African Republic, DRC, Ethiopia, Iraq, Mali, Sudan, Syria and elsewhere.
  5. We emphasise that all States have the responsibility to ensure the availability of holistic care for the survivors, to end impunity and to prosecute those responsible for violence against women and girls in conflicts-related situations, including rape and other forms of sexual and gender-based violence. All States must prevent and address conflict-related sexual violence, protect and support survivors, and bring perpetrators to justice.
  6. We support the full implementation of the international legal frameworks and initiatives to strengthen legal procedures to address conflict-related sexual violence, notably through the Rome Statute and the International Criminal Court.
  7. We are committed to the full, effective, and accelerated implementation of the Women, Peace and Security agenda, which consists of United Nations Security Council Resolution 1325 and all its follow-up resolutions. We will ensure that the WPS Agenda is fully integrated into all our efforts in support of sustainable peace, security, human rights, justice, and development, in the context of our cooperation with other regional and international organisations, including active signatories to the Compact on Women, Peace and Security and Humanitarian Action.
  8. We will support the empowerment of women and girls as critical agents for conflict prevention, crisis management, conflict resolution, relief and recovery, and long-term peacebuilding.
  9. We will continue to integrate a gender perspective into all policies, including foreign and security policy. Equally, we will promote initiatives to address structural obstacles to women’s full, equal, and meaningful participation and contribution to conflict resolution and long-term peacebuilding.
  10. We will support strengthening the role of women at all decision-making levels in all relevant national, regional, and international institutions working on matters related to peace and security, including peace-keeping and crisis-management, preventive diplomacy and related activities and in all stages of peace-mediation and negotiation.
  11. We will stimulate the participation and leadership of civil society, especially local, grassroots, women-led, feminist organisations, girls- and youth-led organisations, women peacebuilders and mediators, and women human rights defenders in all prevention and response efforts, including through the provision of sustained and reliable funding to these actors.
  12. We are committed to investing in security and protection with a survivor-centred approach in order to prevent and respond to conflict-related sexual violence and post-conflict situations, and ensure accessible and quality assistance for the survivors of sexual violence, as well as their children, family members and other witnesses, including access to psychosocial and legal services, socioeconomic services as well as to sexual and reproductive health and rights, with sufficient and expeditious provision of relief and reintegration support.
  13. We commit to putting in place risk mitigation measures to combat the crime of trafficking in persons, in particular of women and girls, including for purposes of sexual exploitation or involving other forms of conflict-related sexual and gender-based violence.
  14. We will support States in conflict and post-conflict situations in designing and implementing transitional justice strategies to ensure access to justice for survivors and victims and their access to adequate, effective, prompt and appropriate remedies, including reparation.
  15. We welcome survivors-led initiatives like the Kinshasa Declaration or the Murad Code for the ethical gathering and using of information about conflict-related sexual violence.
  16. We are committed to keep working with survivors and victims, local communities, the international community and international organizations to strengthen joint efforts to protect and promote the rights of women and girls in conflict-related situations and ensure their empowerment.
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